[Interview] Balladur « on ne se formalise pas aux genres musicaux »

Tous deux issus de deux univers musicaux différents (en apparence), Romain et Amédée ont allié leurs forces au sein de Balladur, formation ambitieuse oscillant entre New-Wave et Shoegaze. Présentés comme les artisans d’une pop à la fois simple et exigeante, les deux amis de longue date nous ont plus apportés en un concert que leur homonyme politique en 30 ans de carrière. Décidément la scène du Sonic (Lyon) nous réserve de belles surprises. 

Vous êtes deux sur les crédits de l’album, mais vous êtes quatre sur scène, vous nous expliquez ?

Romain : En fait on compose à deux; Amédée et moi. Mais comme on enregistre avec beaucoup d’instruments on a besoin de Léo et Marie sur scène.

Amédée : Et Léo et Marie sont des musiciens qui jouent dans d’autres formations et qui ont une expérience de la scène. On voulait éviter de diffuser trop de sons pré-enregistrés en concert. On essaie de faire un maximum de choses en live.

Romain : On veut éviter que ça fasse « karaoké ».

En parlant de sons enregistrés, il  y a un truc qui nous intrigue énormément : c’est la batterie. Pourquoi faire une moitié batterie électronique  et une autre moitié boîte à rythmes pour les live ?

Amédée : En fait sur scène j’ai envie de jouer un peu de clavier et un peu de batterie. J’ai décidé de couper la poire en deux. Comme je suis loin d’être un percussionniste chevronné, je me suis demandé ce que je voulais jouer sur scène pour me faire plaisir. Du coup j’alterne selon les morceaux. Parfois je fais la caisse claire et les claps et parfois je préfère jouer la basse parce qu’elle est plus  accrocheuse…c’est selon l’envie en fait.

Désolé mais on veut savoir: Balladur ? Pourquoi ?

Amédée : En fait on rentrait en caisse des vendanges avec des potes qui ont tous des formations avec des noms abracadabrants genre « Gendarmerie », « Pipi », « Caca »… Avec Romain on était en train de monter notre groupe et on s’est simplement demandé comment s’appeler; on a trouvé Balladur. En dehors du côté absurde, il y a aussi  un sens  pour les gens de notre génération: je pense que ce nom renvoie à quelque chose d’un peu ringard, un peu loser…

Romain : ….et ça renvoie aussi aux années 80-90, une période dans laquelle s’inscrit notre musique.

Amédée, tu fais de l’electro un peu expérimentale et toi Romain tu joues dans Crime qui est un projet beaucoup plus pop… Qu’est ce qui vous a poussé à jouer ensemble alors que peu de choses vous  rapprochent musicalement ?

Romain : Il faut savoir qu’on a un autre projet ensemble: c’est un truc un peu expérimental qui s’appelle Insiden. Avec Amédée on aime plein de choses variées et il était plus dans l’électro mais on aime tous les deux beaucoup la pop et on est tombés dans une période New-Wave années 80-90 en même temps. C’est à ce moment-là qu’on a commencé Balladur.

Amédée : On s’est mis à composer à deux pour le plaisir… Moi j’ai mon projet solo, Somaticae, et j’ai été signé sur un label qui s’appelle In Paradisum à Paris; c’est plus techno, un truc un peu barré et Romain un truc un peu plus pop: on aime ça. On a pas fait Balladur comme des arrivistes pour que ça marche, on a fait ça pour se faire plaisir.

Justement Amédée tu fais un truc un peu plus techno, qui commence à avoir une grande scène naissante un peu partout en France ; est-ce que revenir à des sons 80’s qui sont très éloignés des sons super industriels de la techno d’aujourd’hui c’est quelque chose qui t’a plu dès le début ou quelque chose qui se rejoint pour toi ? J’ai du mal à faire le lien entre tes sons sur Balladur et tes productions sur Somaticae.

Amédée : En fait pour moi ce n’est pas si éloigné. On l’a peut-être pas suffisamment expliqué dans Balladur mais on a un peu partagé les rôles. Moi je m’occupe beaucoup de l’aspect texture:  la techno est quelque chose de très orientée texture, c’est-à-dire le timbre. Du coup sur Balladur je m’occupe beaucoup des sons percussifs. Et ces sons c’est des TR 808, donc des sons qui datent des années 80… Par exemple ces batteries-là, ce sont les premières batteries utilisées au début de la  techno donc pour le moi le pont entre les deux est évident. Ça peut paraître éloigné mais ça ne l’ait pas du tout puisque ce sont des instruments qui ont servi dans ces deux mondes.

Qui est Camille Melvil ? Elle est créditée dans l’écriture de la chanson « Time Is A Killing Machine » mais n’apparaît pas sur le line-up ?

Romain : Pour nous c’est un peu le cinquième membre du groupe. C’est elle qui a écrit les textes de nos dernières compos et c’est aussi elle qui a réalisé avec Fabien Cavacas notre clip Dream Baby, et c’est aussi la chanteuse de Crime, le groupe dont je fais partie.

Amédée : Elle est très douée pour les paroles: nous on voit les paroles au sens mélodieux du terme, mais pour ce qui est de trouver du texte elle nous a beaucoup aidé.

J’ai cru comprendre que vous étiez fans de Spacemen 3,  j’aimerais avoir votre avis sur la phrase   » Taking drugs, to make music to take drugs to  » ?

Romain : Il y a du vrai. On aime beaucoup Spacemen 3 comme on aime Spectrum et d’autres qui sont des groupes qu’on a beaucoup écouté. Après là tu me branches sur la drogue et la musique donc je vais être un peu court pour te répondre en 5 minutes.

Amédée : C’est un vaste sujet… En fait pour Balladur notre première influence c’est Suicide et donc évidemment après il y a Spectrum et c’est clair que…non c’est impossible de répondre à cette question (rires ndlr). Disons que l’on peut faire un parallèle par le fait qu’on est autant inspirés par la New-Wave, la Minimal-Wave et par tout l’aspect un peu garage que par le Shoegaze et le néo-psychédélisme du début des années 90.

Vous avez un pied dans la cold-wave et un autre dans la new-wave. Alors ? Joy Division ou New-Order ?

Amédée : C’est bien entendu ni l’un ni l’autre, on tente de puiser dans  diverses de nos influences pour composer. Ce qu’on prend de la CW : le côté froid, sombre, LA CAVE, les sons crades, la réverb’. Donc Joy Division pour tout ça. Ce qu’on prend de la NW : la Pop avec synthés et guitares, le côté  musique dansante et plus légère, la fête quoi ! Donc New Order pour tout ça.

Romain : L’idée c’est qu’on ne se formalise pas aux genres musicaux.

Pourquoi ce choix du format cassette alors que l’on est plus dans une  période où c’est le vinyle qui revient à la mode ? (leur EP est disponible en MP3 et en format cassette audio).

Romain : Déjà la K7 ça fait tout de suite 80’s.

Amédée : Il y a aussi l’idée que ça permet de faire un package sympa et pas  cher, sachant qu’aujourd’hui on n’a plus besoin vraiment de supports  étant donné l’explosion du numérique. Donc le support devient plus un  objet de collection et de style qu’un vrai support audio. D’ailleurs la  K7 comprend le dl de l’EP en plusieurs formats. Le label AB Records a d’ailleurs tout de suite été séduit par cette  sortie en K7, et nous a bien soutenu dans ce projet.

Romain : Et puis contrairement à ce que les gens pensent, la K7 ne s’est  jamais arrêtée, et beaucoup de groupes, notamment dans le milieu de la  musique expérimentale, sont restés fidèles à ce support. On sort d’ailleurs un split sur K7 avec notre projet de musique improvisée et  expérimentale, Insiden, avec un groupe toulousain qui ne sort  pratiquement que des K7 (Saaad sur le label BLWBCK )

L’album qui a déclenché la fibre musicale en vous ?

Amédée : Une compil’ Fun Radio de Techno achetée gamin à la FNAC (97-98)

Romain : Le deuxième album de Point ni Foin. Non, plus sérieusement c’est le genre de questions auxquelles il est  impossible de répondre.

Retrouvez Balladur sur : Facebook | Bandcamp | Soundcloud

 

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Un article rédigé par l'ensemble de l'équipe du Buffet Playlist.

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